... tant que tu n'as pas vu Nikko !

C'est la phrase que j'ai pu lire dans de nombreux guides touristiques et qui m'a incité à proposer à mes compagnons d'aventure un détour par la ville sanctuaire située au coeur des montagnes, à plusieurs kilomètres au nord de Tokyo.

Et si je n'avais pas lu cette phrase nous n'aurions certainement pas fait un tel détour pour lequel il nous a fallu déposer nos bagages dans une consigne de Tokyo, prendre deux trains et marcher 20 minutes pour rejoindre notre hôtel en cette nuit du samedi 12 mai.

Mais je n'avais pas lu cette phrase nous serions vraisemblablement passé à côté de ce qui fut l'une des plus belles journées de notre séjour japonais !

- Samedi 12 mai (soir) -

Samedi soir nous laissons donc nos affaires dans une consigne en gare de Ueno où nous avions passé la journée (voir billet précédent). Pour 1.000Y nous pouvons bénéficier d'un grand casier situé juste à côté de notre quai de départ et de retour.
Seulement, blonde comme je suis, je me suis aperçu que j'y avais oublié mon iPod... Et comme je ne voulais pas faire les deux fois 45 minutes de trajet sans musique ni rien à faire, j'ai repayé 1.000Y pour récupérer le précieux objet !

Le diner ce soir-là fut un peu spécial.
En effet, le matin même, les narines expertes d'Emmanuelle avaient dégoté une jolie pâtisserie dans la gare de Ueno où nous avons fait une réelle razzia une fois le soir venu.

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Entre croissants au lardon et feuilletés au fromage, j'étais bien content de m'être gardé un joli beignet en dessert ! Sauf que lorsque j'ai donné un coup de dent avide dans l'objet de tous mes désirs, je me suis aperçu que le précieux beignet était fourré... au curry !
Un peu spécial pour un dessert ! Les inconvénients de ne pas savoir lire le japonais je suppose...

01238_SHINKANSENLe voyage en train en lui même nous a réservé son lot de découvertes.
En effet, le TGV local (Shinkansen) est bien plus confortable que le notre : les sièges sont plus larges, les rangées plus espacées, le siège plus inclinable, les rames sont d'une propreté quasi chirurgicale, le personnel absolument irréprochable (l'hôtesse fait même un petit salut en quittant la rame) et, comble du bonheur, nous disposons d'une fenêtre entière (à l'inverse des TGV où il faut parfois se contenter de la séparation entre deux hublots !)
Autant dire que le retour dans nos TGV étriqués a été difficile...

Après 45 minutes de Shinkansen et 45 minutes de train de banlieue nous arrivons donc à Nikko.

Difficile de donner une première impression de la ville dans la mesure où nous sommes arrivées de nuit. Les rues étaient peu éclairées et tout le monde semblait déjà avoir rejoint son futon.
Tout était très calme et faisait penser à une station de montagne... hors saison !

Un plan lumineux situé à la sortie de la gare nous indique le chemin à suivre pour rejoindre notre hôtel. Pour nous permettre de nous repérer, nous comptons le nombre de feux tricolores que nous allons devoir traverser.
Pour ma part, la fatigue aidant, je perds le compte au bout du sixième et c'est un peu par hasard que nous finissons par trouver la route en côte qui mène à notre refuge.

Le Kanaya Hotel existe depuis le début du siècle dernier.
Cet énorme chalet a accueilli de grands noms tels que Churchill, Gandhi ou moi-même.
Pour une fois nous sommes accueillis dans un anglais limpide et accompagné jusqu'à notre chambre.
L'impression de châlet se renforce à la vue de cette dernière comme en témoigne cette photo.

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Sauf que la japan touch est bien là puisque des kimonos sont mis à notre disposition ; autant dire que la séance d'essayage a donné lieu à quelques éclats de rire !
Pour finir la soirée, Emmanuelle et moi initions les autres au Tarot... çà n'a pas été facile !
Coucher tôt ce soir-là car nous devons quitter l'hôtel aux aurores le lendemain pour entammer la visite de la ville...

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- Dimanche 13 mai -

Après une nuit des plus reposantes (la première en lits jumeaux), nous rejoignons le hall pour prendre notre petit déjeuner.
Et là grosse claque : la salle dans laquelle nous nous retrouvons est entièrement ornementée : plafonds à coffrage, colonnes sculptées, compositions florales, tables dressées, porcelaine et couverts en argent... bien loin de la simplicité chaleureuse de nos chambres !
Le petit déjeuner se choisit sur un menu et le service est irréprochable... un grand souvenir et un bon starter pour la journée !

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Après le check out, nous passons la porte à tambour de l'hôtel et nous retournons pour prendre une photo du bâtiment que nous découvrons de jour.
Et là, une employée de l'hôtel se précipite littéralement dans notre direction, le sourire aux lèvres et se propose de nous prendre en photo tous ensemble !
Dernier souvenir d'un endroit de qualité... Autant dire que je recommande cet hôtel !

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Et maintenant un peu d'histoire...
Nikko renferme deux mausolées d'exception.
Le premier nommé Tosho gu a été construit en 1634 par Iemitsu Tokogawa pour recueillir la dépouille de son grand père Ieyasu. Ce dernier a joué un rôle important dans l'histoire du Japon puisque c'est lui qui a déplacé la cour de Kyoto vers Edo qu'il rebaptise pour l'occasion du nom de Tokyo...
Cet acte lui a valu le surnom de "Grande Incarnation Illuminant l'Orient", rien que çà !
Le second sanctuaire est celui que le petit-fils s'est construit pour lui-même : le Taiyuin byo.

01264Avant d'accéder à ces deux sites classés, nous avons longé le pont Shinkyo.
D'après la légende, ce pont aurait été créé à l'endroit où le moine fondateur de la ville aurait enjambé la rivière locale sur le dos de 2 serpents géants... C'est bien pratique tout de même !

Le pont passé nous arrivons à plusieurs autres sites secondaires dont je tairais le nom pour finalement arriver au fameux Tosho gu.
Je ne saurai dépeindre ici la finesse de l'architecure, la richesse des couleurs et la magnificence des détails qu'il renferme alors je me contenterai de quelques photos et anecdotes.

Le sancturaire est constitué de 5 grandes parties :

1. La pagode
Avec le traditionnel torii, elle constitue l'entrée du site (c'est là aussi que se trouvent les caisses). Dans cette cour nous avons vu un employé chargé de balayer les cailloux trainant sur le chemin principal... Autant dire qu'ils en prennent soin de ce monument !

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2. Les entrepôts sacrés
Autour d'une vaste cour couverte de gros galets, se trouvent les entrepôts sacrés faits de bois vermillon et recouverts de dorures.
C'est là que se dresse aussi l'écurie sur le fronton de laquelle sont sculptés les fameux trois singes : je ne vois pas, je n'entends pas, je ne dis rien... Et oui c'est à Nikko qu'ils se trouvent ! Retenez-çà pour vos futures parties de Trivial Pursuit !

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3. La Yomiemon
Cette porte impressionnante est entourée d'une série de tableaux de bois sculpté mettant en scène des animaux.
Malgré sa magnificence, elle contient une imperfection voulue. En effet, pour ne pas attirer la colère des dieux face à un tel édifice, les architectes ont volontairement inversé l'une des colonnes soutenant la porte, rendant ainsi le sanctuaire pas-tellement-parfait-mais-presque-parfait-quand-même.
Un indice, la colonne blanche se trouve de l'autre côté de la porte...

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Toujours dans ce secteur, se trouve un petit temple qui renferme un plafond unique baptisé le "Dragon Pleureur".
Lorsque l'on tape des mains juste en dessous du centre de ce plafond recouvert d'une fresque représentant un dragon, il émet un écho des plus étranges, un bruit perçant que l'on entend nulle part ailleurs dans ce bâtiment. Etonnant, non ?

4. Le Sanctuaire Intérieur
Impossible d'y filmer ou d'y prendre des photos car c'est là que les fidèles viennent prier les esprits du temple.
Pour accéder à ce santuaire, il faut traverser une autre cour dont voici quelques clichés (elle se trouve de l'autre côté de la Yomiemon)

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5. Tombeau de Ieyasu
Une sympathique mais éreintante promenade en forêt le long d'un escalier apparemment sans fin nous conduit à la tombe de celui qui illumine l'Orient.
Même si l'ensemble est bien plus modeste que le reste du sanctuaire, il faut bien dire que le cadre reste impressionnant : une fôret d'immenses conifères accrochés à la montagne... Voilà un bel endroit où se reposer pour l'éternité.

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01430Après avoir redescendu le millier de marches, nous avons quitté ce lieu qui restera l'un des moments forts de notre séjour pour nous diriger vers le sanctuaire du petit-fils Iemitsu.
Sur la route, le hasard nous offre une cérémonie de mariage...
Le couple sort tout juste d'un temple et s'apprête à immortaliser cet instant avec tout le reste de la famille.

Détail amusant, les mariés seront guidés (pour ne par dire manipulés) par une vieille dame qui leur disait exactement où s'installer, empoignant la mariée tel Passepartout plaçant les candidats de Fort Boyard face à la caméra.

Enfin nous terminons notre tour de Nikko par la visite de la tombe du petit-fils qui, bien que plus modeste, reste malgré tout très impressionnante et n'a pas à rougir de celle de son aïeul !
Le Tayuin byo renferme lui aussi plusieurs portes, un sanctuaire intérieur et un tombeau qui lui n'est pas visitable.

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C'est dans le sanctuaire intérieur que nous découvrons un fait unique au Japon : le Daïbutsu Coucou !
Le Daïbutsu Coucou est le fruit d'un délire complet sur une boite contenant une statue en bois de Iemitsu dont les portes étaient fermées.
Nous nous sommes imaginé que les portes ne s'ouvraient qu'à l'heure précise et que la statue, montée sur un bras mécanique, surgissait alors en produisant le bruit du coucou. Et qu'afin de montrer la paix intérieure qui l'envahit à cet instant, le Iemitsu de bois relevait deux doigts en signe de "V".
Hélàs nous n'avons pas trouvé d'autres exemplaires de cette objet hors du commun et les boutiques souvenir n'en proposait même pas une reproduction, ni même une photo... Etrange...

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Après un frugal repas acheté dans un supermarché 7eleven, nous montons à bord d'un car qui nous mène le long d'une route très très escarpée jusqu'au lac Chuzen ji situé à 1.300m d'altitude.
C'est là que nous trouverons nos seuls cerisiers en fleur (la période de la floraison étant plutôt avril) et que nous embarquons à bord d'un ferry pour une croisière détente sur le lac.

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Un dernier lieu nous attendait pour conclure cette excursion : les Kegon Falls. Une chute d'eau tombant d'un apic rocheux de 96 mètres (rien que çà) et aux pieds desquelles on peut se rendre grâce à un ascenseur circulant dans la roche.
Bref, une occasion de faire de belles photos avant de repartir.

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Après un peu de shopping et un bon chocolat chaud, nous nous présentons à la gare routière toute proche pour reprendre l'autocar qui nous avait amené au lac.
Seulement voilà, l'autocar est presque plein, il ne reste plus que deux places, et le chauffeur refuse de nous prendre.

Nous tentons bien de négocier avec le chauffeur, affirmant que nous sommes prêts à rester debout le temps du trajet s'il le faut, mais rien à faire. Nous ne pouvons pas monter, il faut être impérativement assis !
Le problème c'est que nous ne pouvons pas attendre le prochain bus (45 minutes plus tard) car nous avons un train à prendre puis une correspondance en Shinkansen pour rejoindre Tokyo.
Malgré cet argument ultime, le chauffeur refuse... Et pourtant nous nous étions présenté une petite dizaine de minutes avant le départ.

Alors que nous voyons se profiler un retard conséquent et un train râté, deux jeunes japonais se lèvent de leurs sièges et nous cèdent leur place...
Presque 3 mois se sont écoulés et je n'en reviens toujours pas !
Aurai-je fait la même chose si j'avais été à leur place ? Je ne sais pas... Mais je garde cet exemple bien en tête pour pouvoir rendre la pareille un jour prochain.

Nous avons tellement été surpris que nous n'avons même pas eu le temps de trouver un moyen de les remercier.
Une fois dans le car, je me suis dit que nous aurions pu leur donner quelques yens, histoire qu'ils s'achètent une boisson en attendant le prochain car... Mais c'était trop tard.

Le retour en car fut plutôt mouvementé : installés au premier rang sur un strapontin, les virages en épingle à cheveux sont des plus impressionnants et la plupart des passagers poussaient des petites exclamations à chaque virage... il faut dire que nous avions souvent l'impression que le car ne s'arrêterait pas et finirait dans un ravin !

Un autre élément inattendu viendra agrémenté notre périple : un singe se promenant tranquillement sur des câbles électriques, au bord de la route :

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Nous finirons par avoir nos deux trains et quitteront les montagnes des souvenirs plein la tête.
En laissant Nikko derrière nous, nous quittons la nature pour rejoindre l'artificialité complète qu'est... Tokyo Disney Resort !

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